La composition échiquéenne
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Problème rétro numéro 2
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Karl Fabel
Europe Échecs 1960
h‡1 (14 + 12)

L’auteur est Karl Fabel (Dr. Karl Fabel), la première publication de l’œuvre, Europe Échecs en février 1960, et l’énoncé, « Les Noirs jouent et aident les Blancs à faire en un coup ».

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Diagramme A

Le Diagramme A montre la position à étudier et la boîte contenant les six pièces qui ont été capturées.

Pour nommer de façon abrégée les pièces présentes sur l’échiquier au début de la partie, on emploie une expression composée d’une étoile suivie de la première lettre du nom de la pièce puis du « nom » de la case de départ de la pièce. Par exemple, le Fou du Roi des Noirs sera désigné par l’expression « *Ff8 » (Un Fou noir issu de la promotion d’un Pion et jouant sur les cases noires ne pourra pas être nommer « *Ff8 ».)

L’avenir

L’avenir, c’est le jeu en avant, la suite de coups qui satisfait à l’énoncé « h‡1 » . On la recherchera d’abord sans s’inquiéter de savoir quel a été le passé de la position. On la confrontera ensuite aux conclusions de la rétroanalyse. Voir : Passé et avenir.

Les Blancs peuvent faire mat après chaque coup de roque des Noirs : 1. 0-0 C×e7 ‡ et 1. 0-0-0 C×e7 ‡. On peut vérifier (avec ou sans l’aide d’un logiciel) qu’il n’existe pas de solution sans roque.

Passé et avenir

Le roque est un « thème » qui est souvent traité. Si un roque peut être joué dans la solution en avant, on doit se poser cette question : Y a-t-il des événements du passé qui interdisent de roquer ? Dans le cas présent, un des roques est-il cassé ? Les deux roques sont-ils cassés ?

Nous allons tenter de savoir s’il y a des événements, dans la genèse de la position, qui influent sur l’avenir et plus précisément sur le droit pour les Noirs de roquer. Pour cela, il nous faut trouver comment chaque pièce va pouvoir retourner sur sa case d’origine.

Indices

Le solutionniste recherche les caractéristiques de la position qui attirent habituellement l’attention d’un rétroanalyste. On voit ici qu’il n’y a pas de rétropat imminent, que la position est libre. Il semble que le jeu en arrière soit d’une grande fluidité.

Nous pouvons commencer par regarder les pièces qui se trouvent dans la boîte. Qu’est-ce qu’un inventaire du matériel nous permet de déduire ?

Les captures de toutes les figures manquantes ont été faites par des Pions. Il y a 16 Pions sur l’échiquier ; il n’y a donc eu aucune promotion.

Les coins sud-ouest et nord-est se ressemblent. Le Pion « c4 » vient-il de « a2 » ou de « b2 » ? Le Pion « f5 » vient-il de « h7 » ou de « g7 » ?

L’hypothèse *Pb2 joue en « b3 » puis en « c4 » et *Pa2 va en « b3 » doit être rejetée : Le *Ff1 ne pourrait pas aller à « b1 » à cause des obstacles *Pa2+*Pc2 ou Pb3+*Pc2. Le *Pa2 a donc joué deux coups de capture et le *Pb2 est maintenant en « b3 ».

De même, le *Ph7 est allé à « f5 » en capturant les deux Tours blanches.

La formation des structures de Pions au sud-ouest et au nord-est nous amène à observer la situation actuelle du *Ff1 et du *Fc8.

Chacun de ces deux Fous est confiné dans une petite loge de coin. Celle du *Ff1 est constituée des deux Pions blancs « b3 » et « c2 ».

Histoire des Fous

Les histoires des deux Fous blancs sont-elles liées ?

Oui. Si l’on associe à la petite loge Pb3+Pc2, le *Pd2, et que l’on s’intéresse aux jeux des deux Fous blancs, on voit que la petite loge est formée après l’arrivée du *Ff1 en « a2 » par le coup Pb2-b3. C’est ce dernier coup qui permet au *Fc1 de jouer son premier coup.

On peut trouver des associations du même type.

C’est seulement une fois que le *Fc1 est arrivé à « a7 » que les Noirs ont pu jouer Pb7-b6 libérant ainsi le *Fc8.

C’est seulement une fois que le *Fc8 est arrivé à « h7 » que les Noirs ont pu jouer Pg7-g6 libérant ainsi le *Ff8.

Que dire du *Ff8. Qu’est-il devenu ?

On a vu que le jeu d’un Fou dépendait de celui d’un autre, que le jeu dans un coin dépendait du jeu dans un autre coin. Pour mettre dans le bon ordre ces événements de désincarcération et d’incarcération de Fous, il faut voir que le dernier événement de l’histoire des Fous est la capture du *Ff8. On peut alors remonter le fil de cette histoire :

-*retour du *Ff8 à « f8 » après sa décapture par un Pion blanc de l’aile-roi, le *Pa2 ayant joué sur des cases blanches
-*reprise de Pg7-g6
-*retour du *Fc8 (depuis « h7 ») à « c8 »
-*reprise de Pb7-b6
-*retour du *Fc1 (depuis « a7 ») à « c1 »
-*reprise de Pb2-b3, sortie du *Ff1 de sa petite loge (a2-b3-a4...).

Les petites loges de coin sont souvent rencontrées dans les problèmes du domaine de la rétroanalyse, car, associées aux loges de départ des autres Fous (*Pb2 et *Pd2 pour le *Fc1 par exemple), elles permettent de ranger certains épisodes dans le temps.

Positions critiques

Ce serait une erreur d’« oublier » la Dame noire dans le jeu en arrière.

La Dame noire doit être décapturée et ramenée près du Roi noir avant de reprendre Pb7-b6. Elle a été capturée par un Pion et non en « d8 ». On sait que sa décapture, avec celles des trois autres pièces noires de la boîte, est nécessaire au rétablissement de la structure de départ des Pions blancs. C’est un Pion de l’aile-roi qui l’a capturée, car le *Pa2 n’a pas encore fait de décapture au moment où on reprend Pb7-b6. On note au passage que le *Pa2 a capturé les deux Cavaliers noirs.

Il est important de voir la position des pièces noires que nous avons obtenue après la reprise de Pb7-b6.

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Diagramme B

Diagramme B : Le retour de la Dame, des Fous, du *Pb7 et du *Pg7 sur leur case de départ a reconstitué une figure familière de la rétroanalyse : le « bloc royal » (six Pions sur leur case de départ, les Fous, la Dame et le Roi), formation en situation de rétropat.

Peut-on décapturer un Cavalier noir suffisamment tôt et ainsi ne pas faire de rétrocoup de Tour noire ?

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Diagramme C

Diagramme C : La position de l’ensemble des pièces noires peut être assimilée à une situation de rétropat imminent si l’on considère que les Tours noires n’ont jamais joué. Le nombre maximal de rétrocoups disponibles est faible : il s’agit des cinq rétrocoups des *Pa7 et *Ph7. On doit tenter de décapturer un Cavalier noir pour donner des rétrocoups aux Noirs et ne pas jouer de rétrocoup de Tour noire. Les Noirs viennent de reculer leur *Pb7. Il suit par exemple : -1. Fc5-a7 a5-a4 -2. Fa3-c5 a6-a5 -3. Fc1-a3 a7-a6 -4. b2-b3 g×Tf5 -5. Fb3-a2 h×Tg6 -6. Fa4-b3. Et l’une des Tours doit rétrojouer avant b3×Cc4.

Jeu en avant

Pour voir le déroulement des événements dans le bon sens, on commence par atteindre la position du Diagramme D, ce qui est très facile.

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Diagramme D

Diagramme D : Les Noirs n’ont joué que des coups de Cavaliers, et les ont placés à « b3 » et à « c4 ». Entre le moment où le dernier Cavalier noir est capturé et celui où les Noirs peuvent jouer Pb7-b6, il y au minimum six coups blancs et six coups noirs. Comme on ne peut jouer que cinq coups de Pions noirs, il nous faut jouer au moins un coup de Tour noire, toutes les autres pièces étant gelées dans le bloc royal.

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Diagramme E

Depuis le Diagramme D, on joue : n. b×c4 h×g6 n+1. Fb3 g×f5 n+2. Fa2 a6 n+3. b3 a5 n+4. Fa3 a4 n+5. Fc5 Tour joue, par exemple à « g8 », à « b8 », etc. n+6. Fa7 b6... La position du Diagramme E est atteinte. La Tour « g8 » retournera plus tard à « h8 », nous donnant l’illusion que le petit roque est jouable.


Conclusion

La rétroanalyse nous apprend que l’un des roques au moins n’est pas jouable. On peut répartir les parties qui mènent à la position du Diagramme en trois groupes disjoints :

  • Celles qui laissent le petit roque noir jouable, mais non le grand
  • Celles qui laissent le grand roque noir jouable, mais non le petit
  • Celles qui ne laissent aucun roque jouable

On ne s’occupe pas du troisième groupe pour le jeu en avant, car, par convention, un roque peut être joué s’il n’est pas possible de prouver qu’il est illégal de le jouer. La solution est donc 1. Roque (sans que l’on puisse préciser lequel) C×e7 ‡.

La position du Diagramme est appelée « position multiple » : elle peut être obtenue de deux façons au regard de la « jouabilité » des roques noirs. Une composante a pour solution 1. 0-0 C×e7 ‡, l’autre, 1. 0-0-0 C×e7 ‡.






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