La composition échiquéenne
        Passé



Le passé et l’avenir

On peut dire que le passé « influence » l’avenir si un événement du passé permet, empêche ou rend obligatoire un événement futur.

Un exemple : l’échec au Roi

Prenons un exemple trivial. Si on nous présente une position où un Roi est en échec, nous savons quel est le camp qui vient de jouer. C’est celui dont le Roi n’est pas en échec. Nous trouverons facilement les seuls coups jouables dans la position présentée : ce seront les coups qui parent cet échec. Ainsi, l’examen de la position nous renseigne sur un événement du passé : le coup qui vient d’être joué a mis le Roi en échec. Cet événement détermine l’avenir : le coup légal qui va être joué parera l’échec.

Un autre exemple : le roque

Prenons le cas du roque. On sait que si un camp a joué son Roi, il ne pourra plus roquer. On peut donc présenter une position de partie et dire : « Tel Roi, qui se trouve sur sa case d’origine, a déjà joué ». C’est l’événement du passé. Les analyses de la position, c’est-à-dire l’étude de l’avenir, devront éventuellement en tenir compte, car le roque est un événement qui ne pourra pas avoir lieu.

Problème classique et rétroanalyse

Un problème classique a pour solution une suite de coups joués normalement, « en avant ». Devant une position de problème classique, on est amené à évaluer les perspectives de jeu. La position de début de problème est l’interface entre le passé et l’avenir ; tous deux sont à étudier. Quels sont les événements du passé qu’il faut parfois connaître pour bien mener le jeu en avant ? Autrement dit, quand les mondes de la rétroanalyse et du problème classique se côtoient-ils ?

  • Si le solutionniste envisage de faire jouer un roque, il doit s’assurer que le Roi et la Tour concernés n’ont pas déjà dû jouer.
  • Si l’on envisage de faire jouer une prise en passant au premier coup de la solution, on doit, par convention, s’assurer que le dernier coup qui a dû être joué est le double pas du Pion à capturer en passant.
  • Si les coups joués en avant forment, avec ceux ayant dû être joués juste avant, un ensemble de 100 coups simples consécutifs sans coup de capture, sans coup de Pion et sans coup de roque, la partie est déclarée nulle (règle des 50 coups).
  • Si, par les coups joués en avant et avec ceux ayant dû être joués juste avant, une même position est atteinte trois fois, la partie est déclarée nulle.

Ferdinand de Saussure a comparé le langage au jeu d’échecs. Le rétroanalyste s’intéresse aux cas ne concordant pas avec le principe énoncé par le linguiste :

« Dans une partie d’échecs, n’importe quelle position donnée a pour caractère singulier d’être affranchie des antécédents, c’est-à-dire qu’il n’est pas « plus ou moins » indifférent, mais totalement indifférent qu’on en soit arrivé à telle position par une voie ou par une autre ; en sorte que celui qui depuis le commencement a suivi toute la partie n’a pas le plus léger avantage sur le curieux qui vient inspecter cette partie au moment critique. Ou encore que personne ne songera à décrire la position en mêlant tantôt ce qui est, tantôt ce qui a été, fût-ce seulement dix secondes auparavant. »






Ouvrage créé et géré à l'aide de SPIP, logiciel libre distribué sous Licence publique générale GNU (GNU GPL). Origine des images des pièces du jeu d'échecs et des échiquiers (Wikimedia Commons). D’autres informations : Echekk.